Portrait – Naomi Moindrot-Zilliox

La fleurettiste Naomi Moindrot-Zilliox connaît une excellente saison, avec des podiums en coupe du monde junior, au NAC junior et à la dernière Coupe Canada senior, en plus d’avoir affronté la championne du monde et championne olympique Inna Deriglazova à la Coupe du monde senior de Saint-Maur en novembre dernier. Aussi, ces résultats sont de bon augure pour les championnats du monde junior et cadet auxquels elle prendra part à Vérone du 1er au 9 avril. Mais pour elle, l’escrime ne se limite pas à des résultats et lui apporte bien plus. Nous l’avons rencontrée en janvier dernier, en marge du Challenge Desjarlais.

Comment as-tu débuté à l’escrime ?

J’ai fait du judo jusqu’à 8-9 ans. J’aimais bien les sports de combat, mais je trouvais le judo un peu trop physique, voire violent, surtout avec les garçons. Mon père m’a alors suggéré d’essayer l’escrime, un sport qui l’a toujours intéressé. Le club Olympia se trouvait près de chez moi et j’ai commencé avec de petites classes le samedi matin. J’ai beaucoup appris, d’abord avec Hélène Labarbe, puis avec Dominique Teisseire qui a suivi mon parcours jusqu’à cette année et maintenant avec Julien Camus.

 

Qu’est-ce qui a motivé ton choix du fleuret ?

À Olympia, on commence surtout au fleuret. C’est une arme plus légère, qui aide mieux les enfants à comprendre ce qu’ils font. J’étais plus à l’aise de continuer avec le fleuret, notamment parce que Dominique lui-même privilégie cette arme. Je trouve le fleuret plus satisfaisant en raison de la priorité; quand je réussis une touche, c’est que j’ai la priorité, c’est mon point. J’aime mieux cette mentalité : tu dois aller chercher tes points.

 

Qu’est-ce qui a le plus contribué à ton développement ?

Avoir une famille qui comprenait que l’escrime demande beaucoup d’engagement : aller aux compétitions, aux entraînements, etc. À l’école, il faut que la direction et les enseignants soient coopératifs sinon c’est impossible de faire un sport-études ou d’avoir des accommodements; je n’ai pas eu de sport-études au secondaire, mais la direction et les enseignants étaient compréhensifs : ce fut un plus gros défi de jongler avec le sport et les études. Au cégep, j’ai dû prendre sport-études, sinon ç’aurait été impossible. Mais au-delà des questions logistiques, le développement, ça se forge graduellement. C’est un apprentissage constant. L’escrime permet de développer des aptitudes en matière de gestion du stress, d’organisation par rapport au sport, à l’école, à la famille, la vie sociale. Si on arrive à s’entraîner et à performer en escrime, même si un jour on ne fait plus d’escrime, on va garder cette discipline.

 

En novembre dernier, tu as tiré contre la championne mondiale et championne olympique Inna Deriglazova…

Ce fut une journée assez surprenante, ma première compétition senior. La phase des poules a été assez moyenne, je me suis qualifiée en dernier, 64e, donc j’allais affronter des tireuses très fortes. Le chemin pour m’y rendre a été assez compliqué, mais je me sentais plus en confiance en fin de journée, car j’avais récolté deux grosses victoires en tableau préliminaire. Le lendemain, contre Deriglazova, la première période s’était assez bien passée, mais elle a ensuite complètement changé son approche et j’ai pu sentir la championne olympique à l’œuvre. C’était un honneur, très motivant et inspirant, ça m’encourage à persévérer.

Naomi Moindrot-Zilliox affronte la championne du monde Inna Deriglazova à la coupe du monde de Saint-Maur, novembre 2017.

Naomi Moindrot-Zilliox affronte la championne du monde Inna Deriglazova à la coupe du monde de Saint-Maur, novembre 2017.

Mais sachant que tu allais tirer contre elle, est-ce que tu t’es préparée différemment ?

Il faut voir tous les adversaires de façon égale. Elle est une championne olympique, mais elle est une escrimeuse et il ne faut pas se laisser impressionner. Il faut bien sûr être prêt et s’attendre à quelque chose de vraiment différent, et ne pas se laisser aveugler par le fait qu’elle soit très forte. Quand je mets un masque, je mets un masque: peu importe qui est devant moi, j’aurai le même respect de l’adversaire, la même attitude, sans changer mes habitudes. Je garde la même mentalité, que ce soit dans une compétition de jeunes avec des adversaires qui tirent depuis deux ans ou face à une championne olympique. Je ne dois pas laisser mon escrime se faire influencer par l’autre. Un bon escrimeur sait imposer son jeu plus que s’adapter à l’adversaire. C’est plus dur de le faire face à un adversaire que je ne connais pas, à plus forte raison si c’est une escrimeuse très forte comme Deriglazova, mais dans l’absolu, c’est mieux de ne pas tirer en fonction de l’autre et de faire ses propres choix.

 

Jusqu’où veux-tu te rendre ?

Je pense à Tokyo, naturellement. J’en suis à ma dernière année junior et je suis certaine d’aller aux Championnats du monde junior et aux Championnats panaméricains junior. Cette saison-ci, il me reste des camps d’entraînement senior et en ce moment, je suis sur l’équipe nationale senior en termes de points, j’aurai donc de nouvelles expériences avec l’équipe senior cette année. Je ne sais pas si je pourrai me rendre aux Championnats du monde senior, mais je vais assurément participer aux camps d’entraînement et aux compétitions senior. Si je pense à Tokyo, je crois par ailleurs qu’il est important de considérer ce parcours à long terme : il y a des étapes à suivre, il faut être motivé, y aller graduellement. Tokyo c’est un rêve, je rêve aux olympiques depuis que je suis petite, mais maintenant, c’est devenu quelque chose que j’envisage sérieusement. Mais ça ne se fera pas comme ça et je suis consciente que cela exigera beaucoup de travail et d’engagement pendant plusieurs années. Cette année, j’ai eu beaucoup de chance : Dominique est mon entraîneur et mon mentor alors que Julien m’entraîne techniquement; avoir deux entraîneurs m’aide à améliorer mon jeu.

 

Par ailleurs, j’ai eu cette année ma première médaille en coupe du monde junior à Cuba, j’ai fait un top 64 senior à Saint-Maur, un top 16 dans un NAC senior, j’ai le bronze dans un NAC junior et à la dernière Coupe Canada senior. Je vise l’or aux Panaméricains junior en mars. Je vise aussi un top 8 aux Championnats du monde junior. L’année prochaine, j’aimerais intégrer l’équipe canadienne senior.

 

Comment décrirais-tu ta discipline d’entraînement?

Il y a la discipline au sens large et la discipline au quotidien. Au sens large, j’ai éprouvé plusieurs difficultés dans ma vie personnelle et l’escrime m’a aidé à traverser ces moments, à canaliser des émotions négatives, à me recentrer sur moi en faisant de l’escrime ma bulle, mon moment. Il y avait des jours où je n’avais pas envie de faire de l’escrime, mais de simplement rester constant dans un engagement que tu prends, ça t’apprend beaucoup.

 

Quant à la discipline au quotidien, je fais 20-25 heures d’entraînement par semaine, je me lève tôt pour m’entraîner au Stade olympique, aller prendre des leçons, beau temps mauvais temps; les mercredis soir je termine à 21h30 au Stade et je dois retourner sur la Rive-Sud; je m’entraîne au club les mardis et les jeudis. Il faut réparer son équipement, être autonome quand on part en compétition, garder de bonnes habitudes de sommeil, devoir parfois faire des compromis sur sa vie sociale. Mais je fais tout ça parce que ça paie, ça vaut la peine de s’engager et je suis fière de ce que j’ai fait jusqu’à présent.

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Francis Farley-Chevrier

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