Portrait – François Cauchon et Angelo Chiara

Les sabreurs François Cauchon et Angelo Chiara se sont démarqués depuis un an, tant sur la scène provinciale qu’à l’international. À quelques semaines de leur participation aux championnats mondiaux junior et cadet à Vérone en Italie, ils ont accepté de parler de leur relation comme équipiers et adversaires, de la place de l’escrime dans leur vie de cégépien et des défis qu’ils relèvent.

Les sabreurs François Cauchon et Angelo Chiara

Comment avez-vous commencé à pratiquer l’escrime ?

AC : J’ai en fait commencé au primaire en parascolaire, à 4 cours par année de la 4e à la 6e année, ça m’a donné le goût de l’escrime et une fois arrivé à Brébeuf, comme ce sport était offert, je m’y suis inscrit. Je pratique donc de façon soutenue depuis l’âge de 12 ans et plus j’en fais plus je m’entraîne.

FC : Moi aussi, j’en ai fait au primaire-secondaire mais ce n’était pas encore significatif. Mais dans le programme sport de Brébeuf, on a le choix entre 4 sports, l’escrime étant l’un d’eux. J’avais d’abord choisi le basket-ball; mon frère, lui, faisait de l’escrime et m’en parlait. Je suis donc passé à l’escrime. Au début, ce n’était pas encore sérieux, mais quand j’ai commencé à avoir de bons résultats, j’ai délaissé les autres sports pour me concentrer sur l’escrime.

Est-ce que le sabre a été un choix naturel ?

AC : À Brébeuf, nous avons le choix entre l’épée et le sabre. Le sabre est plus dynamique, ce qui me convient davantage : j’aime bouger, j’aime courir… C’est pourquoi j’ai choisi le sabre.

FC : C’est la même chose pour moi. C’est aussi à certains égards une question de personnalité. Le sabre est privilégié par ceux qui aiment la vitesse, le sprint, l’action rapide : il y a plus d’énergie. En tant que personne, ton caractère va te faire choisir le sabre.

Vous tirez ensemble depuis longtemps ?

AC : Nous sommes dans le même club depuis le début, en secondaire 1… Nous voyageons ensemble, nous travaillons tout ensemble…

Comment percevez-vous votre relation ? Vous êtes des coéquipiers, mais aussi des adversaires…

FC : C’est difficile en sport de faire la distinction entre le social et le compétitif. Au fil des ans, nous avons développé une bonne amitié, mais dans l’esprit sportif, c’est difficile de garder la fibre sociale avec l’autre. Je crois que nous faisons bien la distinction quand, par exemple nous sommes à l’entraînement ou en compétition, et quand nous passons simplement du temps ensemble pour le plaisir.

Angelo, est-ce François dit la vérité ?

AC : (Rires.) Tout à fait, d’autant plus que nous avons noué une amitié, et pas seulement à cause de l’escrime : nous ne nous voyons pas seulement à l’escrime, mais aussi au chalet, par exemple. Nous faisons vraiment la distinction entre l’entraînement, la compétition et la vie sociale.

Donc vous ne vous fréquentez pas seulement au club, vous allez aussi, par exemple, prendre un verre ensemble…

AC : …Nous n’avons pas encore l’âge de sortir…

Mais cela dit, il vous arrive de vous retrouver en finale d’un tournoi l’un contre l’autre…

FC : Au niveau provincial ou canadien, cela arrive très souvent, mais c’est plus rare à l’international. Cependant, à l’entraînement, nous tirons ensemble constamment. C’est important de distinguer le coéquipier de l’ami et de l’adversaire.

Et quand vous êtes sur la piste ?

FC : Nous gardons bien sûr une certaine amitié, mais l’amitié ici se transforme en respect; nous n’allons pas nécessairement faire les choses que nous ferions contre quelqu’un que nous ne connaissons pas. Bien sûr, l’esprit compétitif et la volonté de gagner sont là, mais le respect demeure et il y en a même un peu plus que pour les autres…

Est-ce que ces affrontements enrichissent votre pratique ? Revenez-vous a posteriori sur vos assauts ?

FC : Pas vraiment. Après les compétitions, c’est bien de déconnecter un peu.

AC : Nous n’en discutons pas vraiment. Après la compétition, nous n’en parlons plus, sauf bien sûr avec notre coach, mais nous deux, nous allons plutôt parler de l’école, échanger des jokes plates, mais nous ne parlons plus de la compétition : nous nous donnons à fond, c’est fini, nous nous donnons la main, voilà.

Mais à l’entraînement qui suit cette compétition, est-ce que vous revenez sur ces combats pour améliorer vos jeux respectifs ?

FC : Oui, nous y revenons, mais davantage en mode positif.

AC : Oui et non, en fait : nous nous entraînons tous les jours ensemble. En compétition, nous ne jouons pas de la même façon parce qu’il y a l’adrénaline, mais nous tirons ensemble tous les jours, ce n’est donc pas une compétition de plus qui va nous faire voir davantage nos défauts.

FC : Sous cet angle-là, c’est davantage un travail entre l’athlète et son coach qu’entre deux athlètes…

L’an dernier aux championnats du monde cadet et junior, vous avez eu de bons résultats, surtout en équipe avec une médaille d’argent au relais cadet…

FC : En individuel, nous espérions un peu mieux : nous sommes satisfaits, mais ce n’était rien d’exceptionnel. En équipe cadet, nous sommes arrivés deuxièmes, en équipe junior c’était un peu plus difficile car l’équipe est jeune. Cela dit, c’est encourageant pour l’avenir. Il ne faut pas oublier que d’autres équipes comptent des tireurs en 3e année junior. Nous avons accompli de belles choses, mais rien d’incroyable sur le plan individuel aux mondiaux. Mais c’est sûr que nous voulons toujours mieux faire, mais nous sommes satisfaits.

AC : Ce n’est pas une excuse, mais nous avons été un peu malchanceux au junior par équipes : nous avions un bon classement en arrivant au tournoi et nous nous sommes trouvés devant une très bonne équipe qui s’était moins bien classée que parce qu’elle n’avait pas fait de compétition à l’international.

Ce passage à l’international, justement, comment s’est-il passé sur le plan individuel ? Est-ce que cela a été un choc, un stimulant ?

FC : Nous avons tous les deux acquis beaucoup d’expérience. Ça nous apprend aussi à gérer notre stress, à adopter une éthique de travail rigoureuse pour les entraînements qui suivent mais aussi dans la vie en général, à l’école. Je me suis mieux organisé en vivant ces expériences. Ce sont des choses qui vont nous servir dans l’avenir, qui nous font grandir en tant que personnes et en tant qu’athlètes. C’est un bon stress à avoir et je suis content d’avoir vécu ces expériences.

AC : Pour moi, ça m’a permis de m’améliorer parce que ça nous apporte quelque chose que nous n’avons pas ici au provincial ou au national : ici, dans une compétition, nous sommes 20 ou 30 personnes, alors qu’aux États-Unis ou aux championnats du monde, nous serons 150 voire 200 personnes. Les gens qui tirent régulièrement dans ces tournois sont habitués à faire 7 combats éliminatoires de suite alors qu’ici, après deux ou trois combats, on se retrouve en finale. Aux mondiaux, il en faut 10 pour se retrouver en finale : on se retrouve dans une dynamique différente car face à chaque adversaire il faut changer de jeu et les matches sont souvent serrés, nous n’y sommes pas habitués ici. Aussi, à force de faire des compétitions à l’étranger, on s’améliore.

François, tu t’es blessé il y a quelques mois, Angelo, tu portes en ce moment une attelle… vous n’y allez pas de main morte…

FC : Ça fait partie d’une vie d’athlète. On ne veut jamais se blesser, on s’entraîne pour que ça n’arrive pas, mais parfois les mouvements sont tellement rapides qu’on ne peut pas les contrôler et en une fraction de seconde on se blesse. Pour ma part, c’était une action en fond de piste et je ne pouvais pas éviter la blessure, le muscle s’étire trop et se déchire. C’était une malchance, mais je ne crois pas qu’on y va trop fort : on se prépare plus que pas assez…

AC : Pour ma part, c’est une question de posture: l’escrime n’est pas un sport symétrique et ses mouvements ne sont pas naturels pour le corps; il arrive souvent que le genou arrière bouge dans un mouvement qui n’est pas linéaire, il peut se tordre vers l’intérieur et les ligaments s’étirent.

Quelle place l’escrime occupe-t-elle dans votre vie de tous les jours ?

(Moment de silence, les deux se regardent…)

AC : Je mets l’école avant tout et autour, j’essaie de privilégier l’escrime le plus possible. Je ne négligerai pas mes notes pour l’escrime, mais je vais faire 2 ou 3 entraînements par semaine en plus des entraînements physiques pour éviter les blessures. Ça me motive pour l’école : je vois mes amis qui ne font pas de sport et on dirait qu’ils s’ennuient, qu’ils ne sont pas motivés. Alors que nous, nous avons un horaire chargé et nous devons être motivés pour tout ce que nous faisons. Nous nous donnons à fond à l’école parce que le temps est précieux : il faut aller à une pratique le soir, à un entraînement physique le lendemain matin, etc. Cet horaire chargé me motive dans ma vie de tous les jours.

FC : Ça me permet de m’organiser adéquatement pour les semaines, les mois, les années à venir et je crois que nous sommes beaucoup plus efficaces dans notre gestion du temps que s’il n’y avait pas l’escrime dans nos vies. À plus grande échelle, l’escrime remplace le sport que les gens font dans la vie de tous les jours : c’est plus sérieux, mais s’il n’y avait pas l’escrime, je remplacerais cela avec du soccer ou du gym. C’est quelque chose qui comble nos temps vides. Nous n’avons plus vraiment de temps libres mais ça nous donne une meilleure organisation pour l’école ou pour la vie en général.

Qu’est-ce qui vous motive le plus en escrime ? La victoire, le dépassement de soi? Est-ce plus important de gagner ou de perdre en sachant qu’on a livré un très bon combat ?

AC : C’est plus l’évolution. J’essaie de constater l’évolution de mes résultats, que mes entraînements sont fructueux. On ne peut pas avoir les mêmes attentes en première année junior qu’en troisième, mais mon but, c’est de voir qu’il y a une progression. Aux panam cadets, j’ai fait le top 16 l’an dernier, cette année j’ai fait le top 8. C’est ce qui me motive : me rendre plus loin.

FC : Bien sûr, si tu ne gagnes pas ou que tu as des résultats décevants, ça devient démotivant. Quand tu as des années plus difficiles, ou quand tu as des blessures, il y a quelque chose d’autre qui va t’aider à poursuivre, par exemple l’amour du sport. Mais à la fin de la journée, tes efforts doivent être rémunérés par une victoire ou un bon résultat.

Quel est votre plus grand défi en ce moment ?

AC : Concilier l’école et l’escrime, performer dans l’un comme dans l’autre. C’est donc le défi de l’organisation du temps.

FC : Moi aussi, c’est combiner l’école et l’escrime, mais aussi récupérer de ma blessure et ne pas me blesser à nouveau.

Avez-vous une botte secrète ?

FC : Angelo a de très bonnes parades; son imprévisibilité dans sa défensive, c’est sa botte secrète.

AC : Je crois que la meilleure botte secrète, c’est la variété de tes actions; cela dit, François a une attaque puissante, tu ne peux rien y faire !

Francis Farley-Chevrier

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